1848: La révolution a commencé en France puis s’est étendue à Luxembourg

L’année 1848, parfois appelée le Printemps des peuples, occupe une place particulière dans l’histoire moderne. Une vague de révolutions s’est répandue à travers l’Europe, de la France et de l’Italie jusqu’aux États de l’Allemagne et à l’empire des Habsbourg en Autriche et en Hongrie. Et au Luxembourg, un mouvement révolutionnaire réussit à créer une nouvelle Chambre des députés, qui a survécu jusqu’à nos jours.

Comment était le gouvernement au Luxembourg avant 1848 ?

L’indépendance du Grand-Duché de Luxembourg, conférée en 1815, a été confirmée en 1839 après les turbulences de la Révolution belge.

Tout en restant en union avec le roi des Pays-Bas, qui était également grand-duc du Luxembourg, le Luxembourg a entrepris de 1840 à 1848, sous Guillaume II, de créer sa première administration moderne.

William II, King of the Netherlands, by Nicaise de Keyser
William II, King of the Netherlands, by Nicaise de Keyser

 

En 1841, le Prince Guillaume II, dont la statue à cheval sur la place Guillaume II est encore présente aujourd’hui, a introduit la toute première constitution au Luxembourg, connue sous le nom de « la Charte des domaines ».

Cette constitution confiait entièrement la souveraineté au Grand-Duc, tandis que la nouvelle Assemblée des États était pratiquement impuissante et élue uniquement par des hommes de plus de 25 ans qui payaient 10 florins par an pour ce privilège, limitant le droit de vote à environ 3 % de la population seulement.

La (petite) bourgeoisie, les paysans, les artisans et les classes ouvrières naissantes se trouvaient ainsi entièrement en dehors de l’administration du nouvel État, et il n’y avait aucune liberté de presse ou d’association.

Les enjeux économiques

En 1842, le Luxembourg entre dans l’union douanière de Zollverein, dirigée par la Prusse (un territoire d’Europe nord-orientale en Allemagne actuelle), ce qui permet d’atténuer certains des problèmes économiques les plus graves qui ont frappé le Grand-Duché depuis sa création, mais comme l’industrialisation n’est pas encore arrivée, l’économie reste essentiellement agricole et le Zollverein n’est pas populaire auprès de la population.

La surpopulation et les mauvaises récoltes entraînent des famines occasionnelles dans la campagne luxembourgeoise, comme en 1839-40 et 1842-3.

Entre 1841 et 1846, le grand mildiou de la pomme de terre qui a provoqué une famine en Irlande a fait tripler le prix de la pomme de terre au Luxembourg.

Et le Grand-Duché sera également touché par la crise économique européenne de 1845-47.

Par ailleurs, une législation pénalisante, telle que l’interdiction de 1845 d’utiliser des toits de paille pour les maisons, a frappé de plein fouet les pauvres.
En proie à des problèmes économiques et ne recevant aucune aide d’un gouvernement élitiste, la population luxembourgeoise était prête à se révolter.

1848 : La crise européenne

À travers le continent, des problèmes sociaux, économiques et politiques similaires ont provoqué un mécontentement croissant au sein de la population européenne. Le premier événement révolutionnaire de l’année a en fait eu lieu en Sicile, mais le véritable déclencheur a été la révolution de février à Paris qui a battu le roi Louis-Philippe.

Quand la nouvelle du succès français s’est répandue, des barricades ont alors été érigées dans la plupart des villes d’Europe centrale, tandis que des soulèvements en Italie et en Hongrie ont conduit au déclenchement des guerres nationalistes contre les Habsbourg autrichiens.

En Allemagne, le Parlement de Francfort a été créé dans l’intention de créer un État allemand unifié, tandis que les ducs, les princes et les rois ont accordé à leurs citoyens une constitution par crainte des révolutions socialistes.

Un de ces monarques paniqués était le grand duc Guillaume II.

La Révolution luxembourgeoise

Lorsque la Révolution de février est parvenue à Luxembourg, elle a servi de déclencheur à des troubles populaires. Les pétitions, une forme ancienne de protestation qui avait été interdite en vertu du Grand-Duché, ont rapidement commencé à inonder le gouvernement luxembourgeois de tout le pays.

Puis, à Ettelbruck, un mouvement de protestation a débuté dans les premiers jours de mars, au cours duquel les cris de « Vive la République » et de « Merde pour les Prussiens » ont été entendus, tandis que la Marseillaise était apparemment aussi chantée.

Le 16 mars, la maison du bourgmestre du Luxembourg, Fernand Pescatore, a été attaquée et divers troubles se sont produits dans des villes du Grand-Duché, notamment à Wiltz, Esch-sur-Sûre, Mersch et Echternach.

Craignant le pire, et peut-être influencé par la réaction contre-productive de son père à la Révolution belge, le Grand-Duc Guillaume II a cédé aux manifestants le 20 mars, et une nouvelle Assemblée constituante a été chargée de créer une meilleure constitution pour le Grand-Duché.

Entre-temps, la liberté de la presse a été accordée, avec la formation du Luxembourger Wort le 23 mars 1848.

Le bilan de 1848

L’Assemblée constituante se réunissait à Ettelbruck le 25 avril; et vers la fin juin, ils avaient rédigé une nouvelle Constitution qui fut acceptée par le Grand-Duc en juillet et qui entra en vigueur le 1er août.

S’agissait-il donc d’une révolution ?

Au sens social du terme, peut-être pas, car les troupes gouvernementales ont pu faire taire les protestations sans qu’il y ait eu un seul mort.

Mais politiquement, une révolution avait effectivement eu lieu.

Le Luxembourg est en effet devenu une monarchie constitutionnelle du jour au lendemain.

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