Que peut-on attendre de Biden concernant la Chine ?

Biden Chine

La politique étrangère n’est pas une priorité immédiate pour l’administration Biden, qui consacre ses premiers jours de mandat à s’attaquer aux défis intérieurs pressants de l’Amérique : La pandémie, l’économie et les profondes divisions sociales et politiques. Toutefois, lorsqu’elle se tournera vers la politique étrangère dans les prochaines semaines, la Chine sera la priorité n°1.
Lors de leurs auditions de confirmation, Lloyd Austin et Antony Blinken, les présumés secrétaires d’État et de la défense, respectivement, ont décrit la Chine – tout comme l’administration Trump l’a fait – comme le principal défi stratégique de l’Amérique. Il est révélateur que nombre des premiers postes administratifs de haut niveau à être pourvus au Conseil national de sécurité et au ministère de la défense aient été des postes axés sur la Chine.
Sur un plan fondamental, nous pouvons nous attendre à une continuité dans la politique à l’égard de la Chine. Joe Biden, tout comme Donald Trump, s’efforcera de repousser ce qu’il considère comme des menaces pour les intérêts américains – et en particulier les actions de la Chine en mer de Chine méridionale, qui ont des effets néfastes sur les alliés des États-Unis dans l’est de l’Asie. Joe Biden et ses principaux adjoints ont critiqué le bilan de la Chine en matière de droits de l’homme : Blinken dit qu’il est d’accord avec le jugement de son prédécesseur, Mike Pompeo, concernant les actions chinoises contre les musulmans ouïgours. Ils ont également exprimé leurs préoccupations concernant les risques de sécurité et de surveillance des télécommunications chinoises. La nouvelle administration, comme son prédécesseur, tirera parti de ses liens avec les pays asiatiques partageant les mêmes idées – en particulier avec les pays de la « Quadrilatérale » que sont l’Australie, l’Inde et le Japon – pour faire contrepoids à Pékin.
Toutefois, il y aura aussi des différences. Le gouvernement Biden utilisera la diplomatie pour construire une coalition mondiale plus large contre la Chine, en capitalisant notamment sur ce qui promet d’être une relation transatlantique améliorée et en appelant à un plus grand soutien des alliés européens. En outre, l’administration Biden poursuivra sa compétition avec Pékin avec un peu plus de douceur. Elle atténuera la rhétorique antichinoise de Trump et poursuivra la coopération dans les espaces non sécuritaires. Le changement climatique sera l’un de ces espaces, mais la santé publique pourrait être un autre domaine de collaboration.
Si une telle coopération non sécuritaire voit le jour, les relations américano-chinoises bénéficieront de nouvelles infusions de bonne volonté et de confiance qui augmenteront les chances d’une coopération limitée dans le domaine géopolitique. Les deux rivaux stratégiques partagent en effet certains intérêts en matière de sécurité, notamment des préoccupations concernant le terrorisme islamiste et le désir de mettre fin à la guerre en Afghanistan.

Il est certain que la trajectoire des relations américano-chinoises à l’époque de Biden sera en grande partie déterminée par le comportement de Pékin. Si elle considère l’administration Biden comme une occasion de se réinventer et de réduire ses provocations dans la mer de Chine méridionale et ailleurs, cela est de bon augure pour les relations. Mais si Pékin continue à se montrer musclé, les rampes de sortie seront difficiles à trouver. Quoi qu’il en soit, les dernières heures de l’administration Trump ont compliqué, du moins au début, les efforts pour apaiser les tensions. Il s’agit notamment de l’élimination des restrictions sur les relations des États-Unis avec Taïwan, une entité autonome revendiquée par Pékin comme la sienne, et d’un décret interdisant le commerce avec près d’une douzaine d’applications connectées à la Chine.

L’accent mis par l’administration Biden sur la lutte et la coopération avec la Chine pourrait poser un problème pour la politique américaine. John Kerry, le tsar du changement climatique désigné par le Conseil national de sécurité de l’administration, souhaite apparemment que le changement climatique soit la priorité absolue des relations entre les États-Unis et la Chine et cherche à établir une relation de coopération avec Pékin afin d’augmenter la probabilité que les Chinois acceptent des mesures d’atténuation du changement climatique.

Pour Kerry, selon l’analyste de politique étrangère Thomas Wright, « la concurrence géopolitique avec la Chine est d’une importance secondaire ». Un tel sentiment ne sera pas bien accueilli par l’administration au sens large, qui considère la Chine comme une menace stratégique.

En effet, les premiers jours de l’administration Biden laissent penser qu’il ne s’agira pas d’un coup de pouce en ce qui concerne la Chine. Il est frappant de constater que jusqu’à ce que Hsiao Bi-khim assiste à la cérémonie d’investiture de Biden la semaine dernière, aucun ambassadeur taïwanais de facto n’avait jamais assisté à une inauguration présidentielle américaine avec une invitation officielle. Pékin n’a probablement pas été satisfait, surtout après qu’Emily Horne, porte-parole du Conseil national de sécurité des États-Unis, ait déclaré après l’inauguration que « Le président Biden se tiendra aux côtés de ses amis et alliés pour faire progresser notre prospérité, notre sécurité et nos valeurs communes dans la région Asie-Pacifique – et cela inclut Taïwan ».

Pour sa part, Pékin ne sera probablement pas tendre avec la nouvelle administration. Son gouvernement nationaliste n’est guère incité à freiner sa « diplomatie du guerrier-loup », une politique qui implique la poursuite agressive des intérêts chinois à l’étranger, y compris ceux qui sont liés à des différends territoriaux terrestres et maritimes. C’est d’autant plus vrai que M. Biden entend approfondir son partenariat avec l’Inde et s’efforcer de rétablir les relations endommagées avec les alliés asiatiques des États-Unis, pour la plupart d’entre eux des rivaux acharnés de Pékin.

En résumé, alors que l’administration Biden s’efforcera d’éviter la confrontation totale qui caractérisait la position de son prédécesseur envers Pékin, les dures réalités géopolitiques imposeront des limites à l’amélioration des relations entre les États-Unis et la Chine à l’époque de Biden. La rivalité américano-chinoise est là pour durer, et elle survivra aux changements de dirigeants dans l’un ou l’autre pays.

Michael Kugelman est directeur adjoint du programme Asie et associé principal pour l’Asie du Sud au Woodrow Wilson International Center for Scholars. Twitter : @michaelkugelman
Avertissement : Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.

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